Sur France Inter, Jean-François Copé, le président de l’UMP, a remis en cause le droit du sol ainsi que l’Aide médicale d’État. Des propositions auparavant formulées par le FN, à travers diverses déclarations ou amendements. Qui copie qui ? L’UMP peut-elle encore prétendre qu’elle n’a rien à voir avec le parti de Marine Le Pen ? Tribune de Yann Galut, Alexis Bachelay, Colette Capdevielle, députés PS et Mehdi Thomas Allal, délégué général de la Gauche forte.

Alors qu’il bénéficiait d’un moment d’antenne pour s’exprimer sur la position de son parti concernant l’immigration, le président de l’UMP a tout simplement souligné l’absence de divergences entre la droite et l’extrême droite sur ce thème... Comme dans de "nombreux [autres] domaines"…


Jean-François Copé n’est plus à une contradiction près. Après avoir dénoncé l’existence d’un "axe FNPS" imaginaire, voici qu’il confirme lundi 21 octobre, sur France Inter, ce que la Gauche forte combat depuis sa création : le magnétisme d’une "ligne Buisson" qui érode progressivement les frontières idéologiques et politiques entre l’UMP et le FN.

L’UMP, par la voix de son président, a donc pris deux positions fortes. La première consiste à remettre en cause le droit du sol, et la seconde à demander le déremboursement de l’Aide médicale d’État (AME), qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès au soin, sous réserve de remplir certaines conditions.

Le Jean-François Copé d’octobre 2013 va même plus loin que le Jean-François Copé d’il y a un an, lorsqu’il demandait que l’AME soit "réservée aux situations sanitaires d’urgence et à la prévention des risques épidémiques à l’exception des enfants et des femmes enceintes" et non abrogée dans son ensemble.

Ces propositions ne sont pas sans rappeler le programme d’une certaine Marine Le Pen.

FN et UMP : qui copie qui ?

Qui copie qui ? Il semblerait bien que l’original soit le Front national, et que l’UMP soit la copie, ce qui ne semble absolument pas gêner Jean-François Copé, qui s’offre même le luxe de prononcer cette phrase totalement antithétique :

"Je ne peux pas accepter cette comparaison [ndla : comparaison entre le FN et l’UMP]. Il est de nombreux domaines dans lequel le Front national copie les propositions de l’UMP".

Les thèses de la droite et de l’extrême-droite se rejoignent donc, selon Jean-François Copé, mais n’allons surtout pas les comparer ! Cela serait trop dangereux pour l’UMP, qui peine déjà à dresser son propre inventaire.

Pourtant, c’est bien au Front national que revient le copyright de ces propositions concernant l’immigration. Jean-François Copé a beau (ré)affirmer que son parti ne fera "jamais d’alliance" avec l’extrême-droite, celui-ci en épouse déjà les thèses contraires aux valeurs républicaines.

Historiquement, l’abolition du droit du sol représente une mesure phare du programme Front national, avec la fin de la double nationalité. Cette proposition apparaît d’ailleurs dans le programme de 2012 de Marine Le Pen :

"Suppression du droit du sol et réforme en profondeur du code de la nationalité française afin que l’acquisition de la nationalité ne soit plus une simple formalité administrative : être français est un honneur. La naturalisation se mérite et doit être soumise à des conditions strictes de présence paisible et prolongée sur le territoire, en situation légale, de maîtrise de la langue française et de preuve d’assimilation. Plus généralement la double nationalité ne sera plus autorisée en dehors des cas de double nationalité avec un autre pays de l’Union européenne ; les personnes concernées seront amenées à choisir entre les deux nationalités."

Par ailleurs, une substitution du droit du sang au droit du sol – comme proposé par le FN et donc, par Jean-François Copé – reviendrait à reconnaître l’existence de français "de souche", seuls individus à pouvoir prétendre légitimement et de façon automatique à la nationalité française.

L’appartenance serait alors définie par l’origine. Une conception qui sied à la perfection avec l’idéologie xénophobe, et opposée au multiculturalisme, proposée par l’extrême-droite.

Décomplexé, Jean-François Copé tente une récupération de l’affaire "Leonarda" et par la même, des thèses avancées par un Front national (sur)médiatisé. Le président de l’UMP ne dément d’ailleurs pas ce qui s’avère être bien plus qu’un simple "rapprochement" idéologique entre son parti et l’extrême-droite. Seulement, il revendique la paternité de ces idées antirépublicaines prônées en premier lieu par le FN.

La France, "un pays qui s’apprend plus qu’il ne s’hérite"

Le droit du sol fait désormais partie de notre pacte républicain. Il figurait dans la Constitution française de 1791, avant d’avoir subi des modifications. Le double droit du sol est institué en 1851 : est déclaré Français à la naissance tout individu né sur le territoire français d’un parent qui y est lui-même né (actuelarticle 19-3 du code civil, ancien article 23 du code de la nationalité́ française).

Certes, c’est la gauche, sous l’impulsion de Lionel Jospin, qui a supprimé les restrictions à l’obtention de la nationalité pour toute personne née sur le territoire, instaurées par Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur en 1993. Cependant, jamais la droite, qu’elle soit rassemblée sous le signe du RPR ou de l’UMP, n’avait osé revenir sur ce droit fondamental, même à l’occasion de l’adoption des différentes lois successives toujours plus restrictives quant à la nationalité française.

Jamais Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant brisé de nombreux tabous en optant pour une posture droitière radicalisée, ne s’était prononcé en faveur d’une remise en cause du droit du sol ("Nous garderons le droit du sol", "le droit du sol c’est la France") ou de l’accès au soin accordé aux étrangers par le biais de l’AME ou de la CMU (Couverture médicale universelle).

En 2010 cependant, des députés UMP ont instauré des conditions (telles qu’un droit d’entrée d’un montant de 30 euros…) pour pouvoir bénéficier de l’AME, contre l’avis de la gauche, des médecins, et de plusieurs associations de défense des étrangers..

Jacob qui se bat avec Le Pen sur la paternité d’un amendement...

Une situation assez similaire s’est répétée un peu plus tard, ce lundi soir, lors de l’émission "Mots croisés". Parmi les invités : Christian Jacob, Marine Le Pen et Jean-Marie Le Guen. La scène est surréaliste ; devant la caméra, le député UMP et la leader frontiste jouent à qui est le plus xénophobe, chacun revendiquant le dépôt en 2012 d’un amendement visant à supprimer l’AME.

Une nouvelle fois, l’UMP est prise en flagrant délit de plagiat sur le FN. L’amendement a bien été présenté par Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard. Et le député PS Jean-Marie Le Guen de conclure (ou d’anticiper) : "On va finir la soirée, vous serez ensemble hein !"

Mais c’est la remise en cause du droit du sol qui apparaît comme la position la plus dangereuse. Cette remise en cause se trouve en effet en totale contradiction avec la conception traditionnelle de la citoyenneté française, telle qu’elle a été théorisée par quelques uns de nos plus grands penseurs, comme Ernest Renan, en tant qu’une adhésion à la patrie, et non comme héritage consanguin.

Elle confirme que l’UMP épouse toujours un peu plus les thèses de l’extrême droite, qu’elle contribue par là-même à banaliser et populariser, à l’approche des échéances électorales pourtant cruciales pour le pays.

En 1887 lors du discours d’Epinal, Jules Ferry insistait sur la nécessité de rendre la France accueillante et ouverte : "Au lieu de fermer la République, il faut l’ouvrir, l’ouvrir à tous les hommes de bonne volonté !".

Il dénonçait de même un "patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres…".

Le vocabulaire a évolué, le contexte n’est plus le même. Mais la droite et l’extrême-droite ressortent toujours leurs vieilles rengaines pour séduire l’électorat.


Image : Jean-François Copé dans le studio de la matinale de France Inter le 21 octobre 2012 (Capture)