Le PS réfléchit à la façon de contrer le FN aux prochaines élections…

Harlem Désir en a fait un thème majeur de cette Université d’été. La lutte contre le FN, qui veut profiter de la crise et de la défiance des électeurs à l’égard des deux grands partis républicains, fait même l’objet d’une réunion plénière dont le débatteur principal sera Manuel Valls. Yann Galut, député du Cher et fondateur du club de la Gauche forte, analyse la montée du FN et la façon dont le PS peut la contrer.


Le FN sera-t-il le premier adversaire du PS lors des municipales et des européennes de 2014 ?

Nous avons développé une réflexion, notamment après la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot. Nous constatons les conséquences de la droitisation de l’UMP et la victoire de la ligne Buisson qui est en train de détruire l’UMP. Sarkozy a « droitisé » sa présidentielle. Copé a prolongé cette orientation. Il y a eu un point de cristallisation pendant les débats sur le Mariage pour tous. Les digues cèdent. Mais souvent l’électorat préfère l’original à la copie. Dans beaucoup d’endroits nous serons donc au deuxième tour face au FN et non face à l’UMP. Il faut qu’on arme idéologiquement nos militants.

Où craignez-vous le FN ?

Il y a plein d’endroits, notamment dans le Sud de la France, où le PS sera face à deux blocs de droite. La question est de savoir si la digue va céder au deuxième tour entre l’UMP et le FN. Y aura-t-il un sursaut républicain de l’UMP ? Difficile de le savoir encore. Dans les grandes villes, le FN n’engrangera sans doute pas énormément ?. Dans les petites et moyennes communes, il y aura un risque beaucoup plus grand d’alliances entre le FN et l’UMP. Mais je n’oublie pas les européennes qui peuvent servir de défouloir à toute une série de gens pour clamer leur impatience.

Quels arguments doivent utiliser les militants PS ?

Il faut continuer à aller sur le terrain des valeurs mais ce n’est plus suffisant. Le FN a maintenant un double visage. Il y a la ligne ultra-nationaliste, anti-islam, anti-étrangers, c’est le FN d’origine. Mais il y a aussi le FN qui déroule un discours social. Par exemple sur l’Europe avec cette grande lubie de sortir de l’Union européenne. Ce serait une catastrophe économique. Il faut le dire. En appliquant cette idée, les économistes évoquent 25% de dévaluation, donc une augmentation des prix. Une sortie de l’UE aurait une conséquence néfaste pour toutes nos entreprises. Aujourd’hui, 70% du commerce international de nos entreprises est fait en Europe.

Mais la situation économique de la France avec une augmentation du chômage rend cet argumentaire peu audible par les Français…

Nous sommes moins dans une ambiance morose. Le 25 juillet, nous étions très inquiets de la situation économique. Au 23 août, les choses commencent à bouger. Si avant les municipales, les signes de la reprise se multiplient, si le chômage commence à baisser, nous aborderons la campagne municipale différemment.

Manuel Valls est-il un atout dans cette riposte aux FN ?

Valls est clairement un atout. Il est une digue contre le FN. Il est la preuve que l’on peut avoir un discours clair de gauche sur la sécurité.Pourtant il utilise parfois des arguments qui ressemblent à ceux du FN, par exemple sur le regroupement familial. Il ne faut pas déformer son discours. Il est aujourd’hui tellement au centre du débat que l’on cherche à surinterpréter la logique qui est la sienne. Mais il n’a pas bougé d’un iota sur ces questions. Il a une position de fermeté républicaine tout en restant ouvert. Manuel Valls est totalement soutenu par le peuple de gauche. Il doit avoir une place centrale dans les campagnes de 2014.

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Article publié le 24 août 2013, consultable en ligne sur le site 20minutes.fr

Photo : Yann Galut, député PS du Cher. KENZO TRIBOUILLARD / AFP