Avant d’y voir une question de principe, elle y voit une utilité. Colette Capdevielle, 54 ans, est avocate. Elle a défendu plusieurs couples de femmes qui avaient eu recours à une insémination artificielle avec donneur en Espagne (toute proche de sa circonscription) et cherchaient une protection pour leur compagne et leurs enfants. Elle a fait des demandes de partage d’autorité parentale, seul outil existant dans le droit jusqu’à présent pour aménager les situations des familles homoparentales. Mais qui demeure « un pis-aller » qui ne protège pas en cas de décès et n’institue pas vraiment de coparentalité. Pour elle, le mariage, c’est surtout « un pas de géant pour la reconnaissance de ces familles qui existent socialement, affectivement, mais pas juridiquement ».

Elle qui a été une assidue au groupe PS, en séance ou en Commission des lois où elle siège, se doutait que le débat serait « difficile », « violent », peut-être pas jusqu’à entendre les élus de la majorité traités d’« assassins d’enfants » : « Je n’ai pas oublié les débats sur le pacs ou l’IVG. » « La société a changé, ces familles s’exposent, les couples font leurs courses au marché, les enfants ont les mêmes otites que les autres, mais une partie de la société refuse de voir ces évolutions, c’est le cas du monde de la justice », pense-t-elle en praticienne.

« Quitte à recueillir les quolibets... »

Elle pense d’ailleurs que le mariage pour tous va bouleverser les pratiques et les habitudes des magistrats. « Quand, dans quelques années on aura les premiers divorces et les demandes de résidence alternée pour les enfants... On ne pourra plus juger avec le schéma traditionnel : les enfants confiés à la mère avec un droit de visite et d’hébergement pour le père un week-end sur deux. Il faudra réfléchir autrement. Je pense qu’on peut aboutir à plus d’égalité dans les familles... même hétéros. »

Colette Capdevielle est favorable à la PMA « pour toutes les femmes » : lesbiennes, ou non, en couple, ou non. L’accès à l’aide à la médecine procréative, reportée, au mieux, à un futur texte sur la famille, est un de ses « regrets ». « Quitte à recueillir les quolibets, et les insultes, autant le faire. Sinon, c’est l’hypocrisie : les femmes peuvent toujours frauder ou aller à l’étranger. »

« Trompe-l’œil »

Installée dans son bureau où elle passe la nuit quand elle est à Paris, elle offre un café et des biscuits, et parle avec plaisir de sa vie de députée. Elle adore ce qu’elle fait, aime travailler sur les dossiers des tribunaux de commerce, des administrateurs judiciaires, de la réforme des tutelles... lors de journées à rallonge. Mais elle ne se vit pas comme « une camée de la politique ». Cette militante PS depuis trente ans est avocate pénale, en droit des étrangers ou en droit de la famille, et a été militante au Syndicat des avocats de France. « Je pense que l’Assemblée a besoin de personnes qui ont les mains dans le cambouis et une expérience de terrain. » Elle garde une activité au sein de son cabinet « pour payer les charges » et pour « garder pied ».

Elle ne se dérobe pas pour donner les éléments de son patrimoine quand on lui demande (et notamment plusieurs biens immobiliers achetés à crédit) mais elle pense que c’est un « trompe-l’œil » et préfère qu’il y ait des contrôles fiscaux ou la vigilance d’une Haute autorité indépendante. « Je n’ai pas envie de jeter en pâture ma vie privée. Mon compagnon n’a pas voulu être élu, lui. » Elle dit souvent « mon mari » pour parler de celui qui partage sa vie mais qu’elle n’a pas épousé. Récemment, elle a dit à ses enfants (de 19 et 16 ans) qu’ils se passeraient peut-être la bague au doigt... quand le mariage pour tous sera adopté.