La démocratie est une confrontation. Le Parlement est une arène où les orateurs peuvent s’affronter, s’invectiver parfois, mais toujours en gardant à l’esprit que l’opposition parfois clivante des idées, l’expression verbale du désaccord, est une médiation au conflit, un moyen de dépasser la violence.

La violence verbale alimente un climat social délétère

Une partie de l’UMP semble l’avoir oublié. Depuis plusieurs mois, la Gauche forte ne cesse d’appeler l’opposition à faire preuve de mesure et de responsabilité. Le débat sur le mariage pour tous avait déjà radicalisé leur expression, certains n’hésitant pas à relayer les slogans identitaires que s’étaient réappropriés les activistes anti-mariage gay, tels que "Hollande n’est pas mon président".

L’ancienne ministre Christine Boutin, soutien de Nicolas Sarkozy aux dernières élections présidentielles, avait même promis une guerre civile ! Les élus de la majorité les plus actifs pour promouvoir la loi avaient alors reçu un grand nombre de menaces de mort…

Un pas de plus a été franchi dans l’avilissement du discours politique. Ce mardi 24 septembre, à l’occasion des journées parlementaires de l’UMP, devant ses collègues élus, le sénateur du Loiret, Eric Doligé, a déclaré avoir "un instinct meurtrier en ce moment" et ne plus "supporter Hollande et sa bande" !

S’il est loisible au sénateur de ne pas apprécier le président et de faire connaître son opinion, la manière qu’il a eue de l’exprimer ainsi est nettement moins républicaine. Non content de laisser entendre qu’il était impulsif et gouverné par de "mauvaises passions", il ne profère pas moins qu’un appel au meurtre ! Le ton "potache" d’Eric Doligé ne saurait excuser un tel langage. Il réitère et étend même sa menace, peu après, à "tous ceux du gouvernement" sur qui il faudrait tirer…

Le contexte sous-jacent est bien entendu ce qu’il convient d’appeler "l’affaire du bijoutier de Nice", lorsqu’un commerçant s’est fait justice lui-même, en tirant sur ses agresseurs. Le soutien apporté au bijoutier par le maire UMP de Nice, Christian Estrosi, réputé pour son absence de modération lorsqu’il s’agit de critiquer le gouvernement ou de prendre des positions proches de celles de l’extrême-droite, notamment sur les sujets de sécurité ou sur les Roms, avait fait l’objet d’une réaction très inquiète de notre part.

Des démonstrations d’antirépublicanisme

Si Eric Doligé pourra plaider "l’humour", nous considérons que ce dernier ne peut tout excuser, surtout quand se trouvent explicitement proférées des incitations à la haine, et cela contre les plus hautes autorités de l’État.

L’élu ne peut prétexter le second degré alors que les comportements les plus radicaux se développent chez nos concitoyens. L’extrême virulence de certaines réactions sur internet montre bien que certains pensent réellement qu’il faudrait "buter" le gouvernement.

L’ironie tragique de ce naufrage sans fin de l’UMP apparaît lorsque Jean-Claude Gaudin, le sénateur-maire de Marseille – également vice-président du parti –, propose à Eric Doligé de lui fournir les kalachnikovs, exprimant ainsi son adhésion aux propos inacceptables de son collègue. Cherchant à enrayer le développement de la violence dans sa ville, il semble ici au contraire l’encourager.

Que des sénateurs adoptent des discours foncièrement antirépublicains ne peut que choquer. Représentants du peuple, leur premier devoir est d’accepter les règles du jeu démocratique. Ainsi, les Français ont voté pour François Hollande, et les élus UMP, plus encore que tous les citoyens, se doivent de respecter ce choix.

Le procès en illégitimité du gouvernement n’est pas une chose nouvelle, c’est le quotidien d’une droite en perte de repères, déboussolée par la ligne "Buisson", et essayant désespérément d’adopter les codes populistes pour attirer l’électorat du Front national.

La droite préfère l’invective au débat raisonné

La droite n’est plus uniquement dans l’opposition au gouvernement. Elle se positionne contre la France toute entière et les principes qu’elle entend incarner. En se perdant dans de telles paroles, elle nuit à l’image de notre République. On n’attend pas d’un sénateur une violence démesurée contre le "système", mais une aptitude à faire des propositions, afin de répondre aux problèmes concrets des Français.

En ne se montrant pas dignes de leur fonction, ils cautionnent l’antiparlementarisme primaire et les discours de l’extrême-droite sur l’incompétence, voire la corruption de nos élus et de nos élites. Monopolisant la scène médiatique, ils occultent aux yeux des Français la grande majorité de ceux et de celles qui demeurent responsables, compétents et modérés.

Les élus républicains, dans l’opposition ou non, se doivent de respecter les institutions, garantes de leur propre légitimité. La justice, première cible des proches de Nicolas Sarkozy, ou même le Conseil constitutionnel, ont ainsi fait l’objet de vives critiques. La violence de l’UMP va malheureusement crescendo…

Symptôme d’une frustration, pure provocation ou démonstration d’une absence flagrante d’idées et de propositions, la droite préfère l’invective au débat raisonné. Nous ne pouvons rester stoïques lorsque des représentants d’un parti qui prétend accéder de nouveau au pouvoir menacent directement le chef de l’État.

Il appartient maintenant à Jean-François Copé de tirer toutes les conséquences des propos de ces sénateurs UMP en les sanctionnant à leur hauteur de leur faute.


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Photo : Le sénateur UMP du Loiret Éric Doligé (L BONAVENTURE/AFP)