Si le président de la République a pris acte du besoin de renouvellement exprimé par les Français lors des municipales, il est des renouveaux qui se font attendre. Alors que le Parti socialiste en est sorti exsangue, il aborde les élections européennes profondément affaibli. Nous ne pouvons éviter une remise en question.
La dissociation entre la base militante et les cadres a rarement été aussi nette : lors des réunions de section, les membres du parti font souvent part de leur incompréhension. Ils se sentent laissés pour compte par une gauche qu’ils ont pourtant portée au pouvoir par le prix de leurs efforts. Ils ont l’impression que leurs voix ne portent pas suffisamment. Ils ne se sentent plus investis d’aucune mission, dépossédés...

La cassure avec les sympathisants qui ne sont pas adhérents est encore plus vive, ils sentent que le lien entre le parti et le gouvernement est distendu, ils ne voient pas l’intérêt à se rapprocher de ce qui ressemble pour eux à un figurant passif… Ils observent distants et désabusés une rue de Solférino devenue simple caisse de résonance des décisions gouvernementales, sonnant bien souvent creux tant elle ne paraît transmettre la parole que dans un seul sens.

La dissonance existe. Mais elle n’est pas inéluctable : les attentes sont tout aussi réelles. Pour remettre le parti au diapason de la société, il faut l’accorder avec nos valeurs et nos principes fondamentaux.

Le premier de ces principes est la cohérence par l’exemplarité : nous dénonçons à juste titre les corruptions touchant les élus ; ceux qui fautent ou ont fauté doivent être exclus de notre formation politique. Les Français ne comprendraient pas l’inadéquation entre la parole et les actes.

Le second de ces principes est ce qui doit guider notre action de chaque instant : la foi en la démocratie militante. Bien souvent, les statuts sont détournés au profit d’arrangements d’arrière-boutique. Si les textes ne sont plus adaptés, changeons-les par une grande concertation citoyenne, et respectons à l’avenir les décisions portées par « la base ». Le choix du prochain premier secrétaire devra être celui des militants. Le Parti socialiste doit être un parti redonnant le pouvoir à chacune et chacun, retrouvant son rôle d’éducation populaire et faisant émerger les cadres de demain.

Le Parti socialiste doit être une école de la politique au service de la société, tout comme il se doit d’être à son image, diverse et plurielle : la parité fait souvent défaut, les banlieues se sentent ignorées, les couches populaires, les ouvriers ou le monde rural sont trop peu présents.

Le troisième point essentiel de la refonte nécessaire du parti est l’ouverture à la société dans toute sa diversité. Assurant la pérennité et la vitalité d’un parti politique, les nouvelles générations militantes lui éviteront une sclérose progressive. Faisons du parti une marmite en ébullition intellectuelle, un creuset où se mêleraient les idées audacieuses pour aboutir à une vision partagée de la France !

La refondation du Parti ne peut se faire qu’au service des Français. Il faut que les citoyens se sentent responsables et partie prenante des décisions portées par leur gouvernement. Pour cela, il faut remettre la question de l’Europe qui nous protège au cœur de nos discussions, la question des solidarités au centre de nos projets, les couches populaires à l’essence de notre action.

Un gouvernement n’est fort que lorsque sa majorité est forte. Un parti fort n’est fort que de ses militants. Le combat pour la justice sociale et l’égalité ne pourra que passer par un parti de combat. Réinventons le Parti socialiste du XXIe siècle, à l’heure de la démocratie participative, en harmonie avec les aspirations sociales et citoyennes de notre société.

Yann GALUT, député du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte,
Alexis BACHELAY, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte, Colette CAPDEVIELLE, députée des Pyrénées-Atlantiques et trésorière de la Gauche forte
et Mehdi Thomas ALLAL, délégué général de la Gauche forte.

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