Le Front national ? François Fillon ne dit plus non ! Il était considéré comme un « modéré », comme un digne représentant de la droite républicaine. Il s’évertuait à s’afficher en un homme sage et responsable. Las ! François Fillon vient de faire la démonstration qu’il n’a rien à envier aux personnalités les plus radicales de l’UMP. Interrogé dimanche 8 septembre lors du Grand Rendez-VousEurope 1 - le Monde - iTélé sur ses intentions de vote en cas de duel opposant le Parti socialiste au Front national au second tour des élections municipales, l’ancien Premier ministre a recommandé aux électeurs de son parti de voter pour« le moins sectaire ». Et lorsqu’un journaliste lui demanda si un socialiste pouvait être « plus sectaire qu’un Front national », celui-ci rétorqua que « cela pouvait arriver »…
La modération de François Fillon ? Une illusion ! Avant de laisser entendre que le Parti socialiste, à jeu égal avec le FN, pouvait être sectaire, François Fillon aurait pu ouvrir un dictionnaire : en effet, selon le dictionnaire culturel en langue française, est sectaire celui qui « fait preuve d’intolérance et d’étroitesse d’esprit, en politique, en religion, en philosophie ». Un terme que François Fillon attribue sans vergogne au PS. En prononçant ces mots, François Fillon suggère qu’il n’existe aucune différence entre le PS et le FN, pire, que le FN pourrait être un parti plus respectable. A l’image de son parti, François Fillon perd tout sens des réalités. Ce que la droite rejetait auparavant sous Chirac, c’est-à-dire les opinions extrémistes, a été d’abord banalisé sous Nicolas Sarkozy, puis aujourd’hui attribué à des partis de gouvernement.
Par ailleurs, la désignation fréquente, chez les responsables de droite, du Front de gauche comme l’équivalent opposé du Front national contribue également à cette dangereuse « dédiabolisation ».
Surprenant de la part de celui qui, en octobre 2012, condamnait les propos de Jean-François Copé sur« le pain au chocolat », allant même jusqu’à affirmer face à son rival lors de la primaire interne à l’UMP :« Je n’aime pas le "ni-ni", parce que c’est une absence de position. Je suis contre le FN, je vote contre le FN, point. »
Il ne s’agit pourtant pas d’une maladresse de la part de François Fillon, qui a réitéré sa prise de position dans les colonnes du Figaro deux jours après sa première déclaration. L’ancien Premier ministre adopte désormais de façon explicite la ligne suivie par Nicolas Sarkozy lors de sa précédente campagne présidentielle, orchestrée sous l’égide de son ancien conseiller, Patrick Buisson.
François Fillon rivalise avec les propos déjà très choquants de son potentiel futur adversaire ; mais il est loin d’être le seul à agir de la sorte à l’UMP. A l’instar de plusieurs autres cadres du parti, il favorise la rupture de la digue UMP - FN. Citons par exemple Nadine Morano concernant la naturalisation des étrangers, Christian Estrosi sur les Roms ou encore le député Jean-Sébastien Vialatte dont les tweets racistes n’ont en rien entraîné une exclusion de l’UMP.
Les illustrations des dérives extrémistes des membres de l’UMP ne manquent pas. Le terme « dérive » semble lui-même être devenu obsolète face à ce qui est aujourd’hui devenue une ligne décomplexée et assumée de l’UMP.
La droite dite « républicaine » est-elle en train de perdre son âme ? Forte de son absence de propositions concrètes et pertinentes, la droite ne peut que miser sur la surenchère et la séduction d’un électorat en quête de valeurs. L’UMP pille les « propositions » et la rhétorique du FN. La frontière entre les deux mouvements est de plus en plus poreuse à l’approche des échéances électorales de 2014. Xénophobie rampante, débats stigmatisant volontairement la communauté musulmane, conservatisme poussé à l’extrême sur les questions de société, multiples amalgames. François Fillon nous le confirme, l’UMP n’est plus que le substitut du FN.
Les prochaines élections municipales devraient être un moment de vérité pour celles et ceux qui ont choisi de chasser sur les terres du parti extrémiste. Selon un sondage (Yougov pour le Huffington Post et i-Télé), 50 % des électeurs UMP se disent favorables à une alliance avec le Front national. La base militante est d’ores et déjà sur les starting-blocks. Ne manque plus que l’aval de leurs chefs !