C’est une indignation juste et légitime qui a gagné les bancs de l’Assemblée nationale aujourd’hui, y compris chez certains membres de l’opposition, à la suite des propos inacceptables tenus par M. Larrivé pendant la séance de questions au gouvernement.
Ces questions au gouvernement constituent par essence la vitrine de l’exercice parlementaire et républicain, retransmises sur une chaîne publique nationale et permettant à tous de juger de la qualité des travaux à l’Assemblée. Or, en tenant les propos qui sont les siens, M. Larrivé bafoue l’ensemble des institutions, de l’hémicycle à l’Elysée.

Désireux de se faire une réputation, Guillaume Larrivé a qualifié le président de la République de « président par défaut », et dont le programme n’aurait été que celui de l’antisarkozysme… Par ces mots, ce ne sont pas seulement les millions de Françaises et de Français, qui, tous partis confondus, se sont rendus aux urnes lors de la dernière élection présidentielle, dont l’exercice du droit de vote est sali, mais aussi la légitimité de ceux qui les représentent.

Ce procès permanent en illégitimité ne date d’ailleurs pas d’hier : il est récurrent depuis que la gauche se trouve aux responsabilités.

Là où Nicolas Sarkozy avait lui-même acté la volonté de changement des Français dans l’exercice de la fonction présidentielle, le député Larrivé remet en cause la légitimité démocratique. Cette même légitimité que Pierre Rosanvallon définissait comme l’idéal de « souveraineté collective » (1) et pour laquelle tant de Français se sont battus et sont tombés.

Rappelons que plus de 18 millions de citoyens se sont exprimés en faveur de François Hollande au soir du 6 mai 2012. Lorsque 75,68% des inscrits s’étaient exprimés lors du second tour de l’élection présidentielle sur l’ensemble du territoire national, ils n’étaient par contre que 59,53% dans la circonscription de M. Larrivé au second tour des élections législatives. Il est donc particulièrement malvenu pour proférer des accusations si graves, d’autant plus dans un lieu où, comme l’a justement rappelé, sur le « perchoir », Claude Bartolone, devant ce tollé général, il est de tradition de ne pas critiquer le président de la République.

Ce faisant, M. Larrivé a continué sa diatribe, dont le fond demeure inexistant, demandant sans respect aucun des procédures parlementaires la démission du Premier ministre, qui plus est sur fond d’allusions graveleuses à la vie privée du chef de l’Etat.

Il est véritablement indigne, en ces temps où les Français portent un regard critique sur le politique, et sur ceux qui l’exercent, de discréditer, aux yeux de tous, la légitimité de la fonction parlementaire et du président de la République. Si la critique est bienvenue quand elle participe à la production des débats et des idées, elle ne peut être acceptée lorsqu’elle est nommément dirigée à l’encontre de la vie privée des personnes.

Guillaume Larrivé, qui a pourtant été conseiller pour les affaires institutionnelles à la présidence de la République pendant plus d’un an, se serait promptement aperçu de sa bêtise s’il n’obéissait pas à cette logique d’« hyperdroitisation » assumée, où les propositions ont laissé la place aux critiques virulentes et vides de sens.

Cette posture adoptée par le député Larrivé est d’autant plus condamnable qu’elle prend place au lendemain d’une manifestation inquiétante, qui réunissait plusieurs groupuscules exigeant la démission du président de la République, pour certains aux idéologies plus que douteuses, et qui sont attisés par ce sentiment d’impunité à l’égard des élus du Palais-Bourbon… Nul doute que, même à droite, les voix de certains se lèveront pour condamner ces attaques indignes portées dans leurs propres rangs, et qui contribuent à abîmer l’image de notre belle République.

(1) Pierre Rosanvallon, « la Légitimité démocratique », Editions du Seuil, 2008.

Yann GALUT, député PS du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte, Alexis BACHELAY, député PS des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte,
Colette CAPDEVIELLE, députée PS des Pyrénées-Atlantiques et trésorière de la Gauche forte,
Marie-Anne CHAPDELAINE, députée PS d’Ille-et-Vilaine et membre de la Gauche forte,
et Mehdi Thomas ALLAL, délégué général de la Gauche forte