« Leonarda ». Le prénom de cette jeune fille éloignée sans discernement par la police, lors d’une sortie scolaire, a servi, une semaine durant, de cri de rassemblement. L’affaire a favorisé une alliance de la « gauche de la gauche » et de la gauche du PS, qui n’était pas apparue aussi virulente depuis l’élection de François Hollande.

Le motif était évident : la politique de Manuel Valls, qui agace déjà depuis bien longtemps ceux qui sont montés « vent debout » contre lui à cette occasion.

Aujourd’hui, comme il y a vingt ans sur les questions de sécurité, deux gauches s’affrontent. Ce clivage récurrent s’est aggravé en raison de l’absence de réflexion collective, sereine et préalable, d’une ligne claire et partagée sur la position à adopter, face à une question – celle de l’immigration -, qui tient pourtant une place de plus en plus importante dans les préoccupations des Françaises et des Français.

La dictature de l’émotion était dénoncée à gauche, lors du quinquennat précédent, comme étant la quintessence du sarkozysme. Le Front national, l’UMP « buissonnisée », fonctionnent de fait sur la récupération démagogique du fait divers, sur la manipulation de l’opinion... Le « légitime en apparence » prime sur le juste, la réaction instinctive sur le droit. La vague de l’indignation a été décuplée par la ferveur qui s’est exprimée sur les réseaux sociaux.

L’éloignement de la collégienne a déclenché un véritable tsunami politique, qui ne saurait faire oublier le débat qui doit être mené : la gauche doit réaliser son aggiornamento – si ce n’est sa véritable révolution – sur les questions migratoires. Si tel n’était pas le cas, si la gauche en restait au registre de l’émotion et de l’indignation, alors les conséquences politiques pourraient être dramatiques. En effet, si la gauche était considérée comme incapable de gérer les flux migratoires, alors les Français se tourneraient vers les solutions radicales proposées par la droite et l’extrême-droite.

Le Président de la République a bien compris qu’il y a dans la société française, et notamment à gauche, un besoin de respect de la loi. La feuille de route suivie par le ministre de l’Intérieur, depuis sa nomination, c’est la fermeté, l’humanité et la clarté.

Qui a assoupli les critères de naturalisation, supprimé l’odieux délit de solidarité, fait quitter les enfants des centres de rétention... ? A l’évidence, la politique de ce gouvernement n’est pas celle de son prédécesseur. Il faut cependant aller plus loin dans une réforme profonde et symbolique des politiques migratoires (titre de séjour pluriannuel, réduction de la durée de rétention...).

Par ailleurs, la ministre en charge de la réussite éducative a, dans le même esprit, édicté trois circulaires pour favoriser la scolarisation des élèves issus de familles itinérantes ou non francophones, plaçant ainsi l’école au cœur du processus d’intégration sociale des enfants roms. La « sanctuarisation » promise par Vincent Peillon s’inscrit bien dans cette perspective. L’humanité est bien là

La fermeté est également présente, et elle n’en est pas moins nécessaire. Il n’est objectivement pas possible d’accueillir tous ceux qui souhaiteraient s’installer dans notre pays. Ceux qui se sont vus refuser un droit au séjour doivent repartir, dans les conditions prévues par la loi et les conventions internationales, l’usage de la force publique constituant l’ultime recours.

Enfin la clarté. Pour mettre en œuvre une politique présentant plus de cohérence envers l’immigration irrégulière, la solution viserait à poser les termes du débat, de façon suffisamment pédagogique vis-à-vis de la population : faut-il une régularisation globale des sans-papiers présents sur notre sol, à l’instar de ce que souhaite le président Obama aux Etats-Unis ? Faut-il modifier la circulaire du 28 novembre 2012 afin d’assouplir les critères de régularisation ? Comment lutter, à l’échelle européenne, contre les réseaux mafieux, qui font venir des « malheureux », au péril de leur vie, sans espoir de résidence stable et susceptibles de devenir la proie facile de tous les trafics ?

Cette fermeté, cette humanité et cette plus grande clarté, passent également par l’accélération des procédures de demande d’asile, tout en offrant aux requérants toutes les garanties nécessaires d’un accompagnement et d’un examen à la fois juste et rigoureux des craintes de persécution dans leur pays d’origine. La rapidité accrue de la procédure pourrait également s’accompagner d’une plus grande générosité à l’occasion de situations exceptionnelles, comme en Syrie.

Lorsque l’ensemble des composantes de la gauche aura accepté de dépasser sa réticence à aborder la gestion des flux migratoires, alors peut-être pourrons-nous enfin avancer sur les questions de fond, qui taraudent notre société, en permettant notamment aux étrangers en situation régulière sur notre territoire de vivre dans des conditions décentes et favorables à leur intégration.