La libération des otages français retenus au Sahel a réjoui toute la classe politique. Toute ? Non. Un parti résiste encore et toujours aux valeurs républicaines et à l’union nationale : le Front national. Les otages pensaient avoir échappé aux extrémistes, et voici qu’ils se retrouvent désormais face au Front national, enjoints de s’expliquer…. Bienvenue dans la France du FN !

Quand Marine Le Pen montre son vrai visage

Marine Le Pen était invitée jeudi matin au micro d’Europe 1. La présidente du Front national affirme avoir ressenti un « malaise » à la vue des otages libérés. "Barbe", "chèche", "habillement"… à la radio, la leader frontiste somme les ex-otages de s’expliquer. Comment ces gens ont-ils osé poser le pied sur le sol français, sans être au préalable passé par Zara et chez le barbier ?


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En temps normal, Marine Le Pen s’attarde davantage sur les charters en route vers l’Afrique que sur les Boeing qui atterrissent en France. Quelque chose a donc du attirer son attention. Peu de choses ont suffit pour que Marine Le Pen se concentre sur le retour des otages revenus en France après trois longues années de détention en Afrique. Marine Le Pen s’en explique :

« Ces images m’ont laissée dubitative ». « J’ai trouvé ces images étonnantes, cette extrême réserve étonnante, leur habillement étonnant ». Loin d’exprimer un soulagement suite à la fin de leur captivité, et obsédée par l’"islamisation" de notre société, elle demande aux ex-otages des explications ! Nos compatriotes seront heureux d’apprendre qu’une tenue correcte est exigée de la part des otages, s’ils entendent remettre les pieds sur le sol français. Et pour ceux qui auraient le culot d’être des otages musulmans, qu’ils n’exigent pas de la part du Front national le moindre geste envers eux. Et puis quoi encore ?

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Le Front national se positionne seul en dehors du cercle républicain

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La médiatisation à l’extrême du Front national s’est finalement retournée contre le parti, qui n’a pu s’empêcher de revenir à ses anciens démons : un discours islamophobe, clivant et antirépublicain.

Lors de son interview Marine Le Pen assure qu’elle n’est pas la seule a avoir ressenti un tel "malaise" : « c’est ce qu’on ressenti beaucoup de Français". Non Marine Le Pen, la grande majorité des Français, à l’instar des familles des otages, a été soulagée d’apprendre cette libération, et n’a pas eu l’idée de scruter et d’émettre une opinion quant aux habits et à la pilosité des anciens captifs.

Ce discours met en évidence, outre la psychose du Front national pour l’Islam, la volonté claire du parti de diviser les français. La stratégie de l’extrême droite est désormais bien connue : attiser encore et toujours la peur en jetant l’opprobre sur l’Autre (le musulman, l’étranger, ...).

Alors qu’elle aurait pu profiter de cet événement pour participer au consensus national, Marine Le Pen ne peut s’empêcher de plonger les Français dans une angoisse injustifiée. Comme si l’idée même que la cohésion sociale soit renforcée, même pour un instant, lui était totalement insupportable.

L’obsession de la conspiration et de l’islamisation : Marine Le Pen rejoue "Homeland"

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Marine Le Pen a péniblement tenté de justifier ses craintes quant à l’intégrité des ex-otages en décrivant leurs habits et leur pilosité : « On avait l’impression d’avoir des images d’hommes qui étaient très réservés, c’est le moins qu’on puisse dire, les deux qui portaient la barbe taillée d’une manière assez étonnante, l’habillement était étrange". La présidente du Front national produit et diffuse des stigmates. Ses paroles sont lourdes de sens, et porteuses des pires stéréotypes et clichés. Elle dit presque explicitement : « regardez : il y a NOUS et il y a EUX. Ils ne sont pas comme nous. Ils sont étranges donc étrangers ».

Outre la critique totalement ubuesque de Marine Le Pen concernant la barbe des français libérés, elle tente de récupérer le concept de « musulman d’apparence » créé par Nicolas Sarkozy. En pleine affaire Merah, l’ancien Président de la République avait tenté d’établir un lien entre l’aspect physique et l’appartenance à une religion.

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Si les anciens otages se sont présentés ainsi devant les caméras, c’est qu’il y a une bonne raison. Capturés par des extrémistes islamistes, les quatre français ont cherché à s’adapter au mode de vie et aux exigences de leurs geôliers. Une source diplomatique justifie (sic) le style vestimentaire et la barbe des otages : "Ils ont compris que pour se protéger, il leur fallait vivre comme leurs ravisseurs." Une même source qui ajoute que : "Vu le contenu culturel de leurs discussions dans l’avion de retour, on était loin d’avoir affaire a des fondamentalistes fanatiques".

L’indignation face aux propos de Marine Le Pen a été forte, tant de la part de la gauche que de la droite. Sur le réseau social Twitter, la leader frontiste est comparée à Carrie Mathison (Claire Danes), un personnage de « Homeland ». Atteinte de paranoïa, l’héroïne de cette série américaine est convaincue qu’un ex-otage détenu pendant 8 ans par Al Qaeda et de retour aux Etats-Unis est devenu un islamiste. Ce terroriste représenterait désormais une menace pour le pays dont il est originaire.

Le Front national a donc été ridiculisé, décrédibilisé … mais pour combien de temps ?

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Une polémique qui révèle les limites de la stratégie de « normalisation » du FN

Marine Le Pen a finalement reconnu s’être « exprimée maladroitement » afin d’enrayer la polémique sans pour autant revenir sur ses déclarations, de la même manière qu’elle n’a jamais condamné les propos scandaleux tenus par son père. Elle a ainsi déclaré au Monde : « J’ai dit ce que j’ai ressenti, je ne reviens pas sur mes propos ».

La présidente du Front nationale est une adepte de ce que beaucoup qualifient à tort de « dérapages ». Ce terme revient à déresponsabiliser les représentants du Front national des discours qu’ils tiennent. Or les transgressions sont légion au sein du parti. L’immunité dont bénéficiait Marine Le Pen en tant que parlementaire européenne a d’ailleurs été levée début juillet après qu’elle ait assimilé les prières de rue à l’occupation.
En septembre 2012, elle s’était également prononcée pour une interdiction totale du port du voile et de la kippa dans l’espace public, rue inclue.
Il y a peu de temps, l’ex-candidate frontiste Anne-Sophie Leclere comparait sans complexes la Garde des sceaux Christiane Taubira à un singe. Certes immédiatement suspendue par le parti, cette femme a tout de même porté l’étiquette FN.

Marine Le Pen n’est pas prête de rompre avec le Front national incarné par son père, qui avait fait de la provocation et du politiquement incorrect sa marque de fabrique. Mais ce genre de polémique suffira-t-il pour que le parti soit pénalisé dans les urnes ? Il faudra sans doute davantage qu’un incident de la sorte, aussi grave soit-il, pour que le Front national actuellement (sur)médiatisé soit freiné dans son ascension.