L’adjectif "ostentatoire" est à la mode.

Tantôt utilisé pour les signes religieux à l’école, tantôt utilisé récemment pour l’utilisation de drapeaux durant la Coupe du monde au Brésil, quel est ce monstre infâme qui se cache derrière lui, sinon l’islam de France ?

Pourtant, ce vocable a tout une histoire vénérable dans la bouche des grands sages de notre patrie. Il visait auparavant à désigner des manifestations susceptibles de porter atteinte à l’ordre public… Qu’est donc devenue cette noble ambition, lorsqu’il ne fait plus aucun doute qu’elle s’est transformée en arme de guerre contre une minorité désignée comme "visible" dans notre pays : les musulmans.

Une tentative de récupération déplorable

La fachosphère s’en donne à cœur joie.

La qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finale et les légers débordements qui ont suivi, ont ranimé la flamme non seulement de ceux qui veulent bouter les binationaux hors de France, mais également des adeptes d’une politique répressive vis-à-vis de ceux qu’ils assimilent à des délinquants en puissance parmi tous les jeunes de nos quartiers.

Non, les casseurs ne sont pas des supporters, mais des voyous.

Et non, tous ne sont pas d’origine maghrébine, loin s’en faut. Non, il ne faut pas confondre l’expression d’une joie légitime avec des actes réprimés par la loi et qui devront être sanctionnés dans une juste mesure…

L’emballement médiatique est en marche

Que n’aurait-on pas dit si le ramadan avait été respecté par les joueurs de foot des pays des deux rives de la Méditerranée, aux histoires croisées et entremêlées ?!? Existe-t-il des religions plus ostentatoires que d’autres ? Au bruit et à l’odeur plus fortes qu’à l’accoutumée ?

En réalité, la question qui se pose derrière cet emballement, c’est plutôt la suivante : les Français qui ont décidé de garder ou d’acquérir (comme moi) la nationalité algérienne ont-ils trahi leur patrie en démontrant un attachement irréversible à l’Algérie ? Faut-il y voir le prétexte à des interdictions et autres couvre-feux dans les villes gérées par l’UMP et le FN, sous couvert de préservation de l’ordre public ? Et, pour pousser le bouchon encore un peu plus loin, y-aurait-il un risque de guerre civile, par exemple en cas de quart de finale entre la France et l’Algérie ?

Il est grand temps de dégonfler la belle baudruche.

Célébrer le beau jeu, le plus important

Les Franco-Algériens soutiennent tout autant l’équipe de France que celle d’Algérie !

Tout comme en 1998, lorsque le meilleur joueur du monde s’appelait Zinedine Zidane. Le patriotisme, surtout lors des grands événements sportifs du XXIe siècle, est en fait toujours ostentatoire. Mieux vaut s’élever contre un regain de nationalisme à cette occasion et célébrer le beau jeu, reconnaître les vainqueurs et faire preuve de fair-play.

Et toujours se rappeler également que la peine est encore plus dure pour les nations des pays du sud, dont de nombreux joueurs de nos pays occidentaux sont issus, et qui ne disposent pas des infrastructures équivalentes à celles des pays les plus riches.

Oui, la trajectoire d’un pays comme le Nigeria ou l’Algérie est doublement méritante. Et ce n’est pas injure faite à l’équipe de France que de dire cela !

Oui, l’Afrique est un continent qui a été pillé de ses meilleurs talents dans les championnats étrangers, sans que les gouvernements ne s’en émeuvent plus que cela.

Oui, nous devons nous réjouir du courage des petites équipes face aux mastodontes européens. Car le sport, c’est aussi de la politique, du symbole... Les exemples fourmillent à travers l’histoire, depuis Jesse Owens jusqu’à Mohamed Ali, en passant par certains des plus grands athlètes de notre temps.

Oui, le sport comme la politique, a ses règles, qu’il faut savoir respecter et faire respecter. Alors réjouissons-nous de ces moments cruciaux pour la cohésion de notre patrie et cessons de nous faire peur inutilement entre nous !

Cet article de Mehdi Thomas Allal (délégué général de la Gauche forte) a été publié initialement sur le site du + (nouvel observateur), le lundi 30 juin 2014, sous le titre suivant : "Estrosi et les drapeaux "ostentatoires" : ces célébrations sont une chance, pas un péril"
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