Vendredi dernier, à la faveur d’une nouvelle vague de responsables à l’UMP, apparaissait le nom de Fatima Allaoui, en tant que secrétaire nationale en charge de la formation professionnelle. Fatima Allaoui était une membre du micro-parti d’extrême-droite SIEL (Souveraineté, indépendance et liberté), satellite du Rassemblement Bleue Marine.

SIEL, c’est le symbole de la volonté de Marine Le Pen d’élargir son spectre d’influence vers les milieux "ultras" : avant de se retrouver mis au placard, Paul-Marie Coûteaux, le fondateur de SIEL, affichait clairement sa détestation des Roms, sa proximité avec Béatrice Bourges et les milieux catholiques traditionnalistes, s’entourait de personnalités défendant les thèses du Printemps français...

Cette nomination, voulue par Nathalie Kosciusko-Morizet, et actée par Nicolas Sarkozy, a finalement été annulée par l’UMP ce lundi après-midi après la polémique qu’elle a déclenchée tout le week-end, la vice-présidente étant contrainte de s’expliquer et prétendant qu’elle ignorait le passé de sa protégée.

Une porosité croissante et inquiétante

Loin d’être anecdotique, cette nomination, bien que retirée ensuite sous la pression de l’opinion publique, est symptomatique du regrettable mercato auquel l’UMP de Nicolas Sarkozy nouvelle version – on en vient à regretter l’ancien – et le Front national se livrent depuis quelques temps, se disputant les prises de guerre.

Ici la jeune porte-parole de Sens Commun, mouvement conservateur réclamant l’abrogation du mariage pour tous, nommée secrétaire nationale en charge des programmes de formation de l’UMP, là un ancien secrétaire national de ce même parti "débarqué" au FN, déclarant, dans l’ambiance scénarisée d’une conférence de presse, avoir quitté l’UMP car le parti était devenu trop conservateur pour lui. Sans oublier d’autres transfuges d’extrême droite que l’UMP a accueillis dans le passé et absorbés depuis au point d’avoir occupé des fonctions au bureau national du parti.

Aujourd’hui, l’UMP et le FN font preuve d’une porosité inquiétante et croissante, assumée par leurs dirigeants qui n’hésitent pas à s’en vanter. Ces deux partis ne sont plus aujourd’hui que deux frères ennemis, sans aucune vision programmatique, et avec comme seul objectif d’être le plus à droite de l’échiquier politique.

Ce faisant, l’UMP normalise le FN comme parti de gouvernement, et contribue à crédibiliser sa parole, en reprenant certains de ses étendards.

La droitisation, une stratégie opportuniste

Ce qui est visible dans ces transferts de cadres, c’est aussi le carriérisme qui constitue la principale motivation de ces jeunes loups en quête de places. Le FN a le vent en poupe ? Candidatons chez lui ! Il ne veut pas de nous ? Retournons à l’UMP ! S’il y a une constance chez ces gens-là, c’est bien celle de l’inconstance, de l’inconsistance, et de l’inconséquence.

Pas avare de contradictions donc, le SIEL qui dénonce le "spectacle UMPS", et reprend allègrement les antiennes du Front national, voit pourtant une de ses cadres rejoindre l’UMP, preuve de la mascarade à laquelle se livre la nébuleuse d’extrême droite, tout comme le parti de Nicolas Sarkozy.

Plus troublant encore, alors même que cette stratégie est dénoncée par certains à l’intérieur de ces partis, ces choix démontrent clairement une stratégie opportuniste, attisant les feux du sectarisme pour des objectifs purement électoralistes. Dès le retour de Sarkozy, on constatait une droitisation de sa ligne dans son discours, notamment à l’occasion d’un meeting organisé par "Sens commun".

Durant cette rencontre, l’ancien chef de l’État avait fait savoir qu’il abrogerait la loi Taubira. Cette prise de position inattendue visait à satisfaire son auditoire très extrémisé. Un discours à la carte qui prouve que Nicolas Sarkozy est rattrapé par les attentes d’une base électorale très à droite.

L’UMP doit se ressaisir et reconnaître ses erreurs

Au-delà des profils de ces nominations, qui interrogent sur la forme, c’est sur le fond et les idées qui leurs sont sous-jacentes que tout cela interpelle. Soit l’UMP a cherché à faire un nouveau coup médiatique, soit elle a voulu démontrer quelles allaient être ses orientations pour les années à venir, dans la lignée de la doctrine mise en place par Patrick Buisson.

Dans tous les cas, cela témoigne d’une incapacité pour la droite de s’exprimer autrement que dans l’extrême. Les lignes de clivages s’amenuisent au fur et à mesure que les transfuges qui composent les cadres de ces formations politiques deviennent légion.

Face à ces nominations, assumées de la part des deux partis de la droite, il ne faut plus se leurrer sur le fait que l’UMP voit dans le FN un vivier de cadres et d’électeurs et réciproquement, au risque de devenir demain partenaires. À l’évidence, l’UMP a fait son choix, celui du populisme outrancier, celui de la dérive droitière !

Où est donc passé le fameux "cordon sanitaire" que prônait Jacques Chirac du temps du RPR ? Il n’est jamais trop tard pour se ressaisir : au-delà de la simple destitution de Mme. Allaoui, l’UMP doit remettre en cause son positionnement politique.

Signataires :

Yann Galut, député PS du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte

Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte

Colette Capdevielle, députée PS des Pyrénées-Atlantiques et trésorière de la Gauche forte

Marie-Anne Chapdelaine, députée PS d’Ille-et-Vilaine et membre de la Gauche forte

Alexandre Demandrille, membre de la Gauche forte

Mehdi Thomas Allal, délégué général de la Gauche forte