Comment ne pas réagir aujourd’hui face à la recrudescence d’actes antisémites perpétrés à l’occasion des rassemblements en faveur de la cause palestinienne !

Toute l’horreur d’un conflit, si injuste et inéquitable qu’il soit, ne saurait justifier le regain de la haine anti-juive, non seulement chez les jeunes de banlieue, en particulier au sein de la communauté musulmane, mais également parmi la classe politique, les cadres, bref des pans entiers de la société...

Plusieurs député-e-s de la Gauche forte ont choisi d’exprimer leur soutien à Gaza en manifestant mercredi dernier ; mais il n’était, bien sûr, en aucun cas question de cautionner les débordements, agressions et même les "simples" slogans ou injures à caractère antisémite.

L’antisémitisme constitue, tout comme le racisme, un délit justement sanctionné par la loi française, et nul n’est censé l’ignorer.

Des fanatiques ignorants de la géopolitique proche-orientale

Analysons plutôt cependant ce qui semble représenter le nœud gordien dans cette affaire, à savoir la collusion entre les sentiments de désapprobation face au gouvernement d’extrême-droite israélien et l’accusation de collaboration avec quelques fanatiques souhaitant en découdre avec les citoyens français de confession israélite.

Ces "fanatiques" sont en réalité totalement ignorants de l’histoire et de la géopolitique proche-orientale.

Ils taisent les conséquences hideuses de la haine des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Ils desservent de fait la cause palestinienne. Les réseaux sociaux sont pour ces énergumènes l’occasion de répandre leur bile et leur rancœur vis-à-vis de la société en prenant pour cible les médias, le gouvernement...

Prendre pacifiquement part dans un conflit

La Gauche forte s’inscrit profondément, comme elle l’a toujours démontré, dans un cheminent totalement opposé.

La Gauche forte se félicite en particulier que le président de la République lui-même semble revenu à davantage de modération en annonçant un soutien financier humanitaire aux populations gazaouies, après avoir apporté son soutien à Benyamin Netanyahou. La Gauche forte se placera toujours du côté de ceux quoi combattent l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme en tout genre.

Mais la Gauche forte entend également apporter son soutien à la cause palestinienne, dans un conflit qui a franchi le seuil de l’intolérable.

Dans ces conditions, la question qui se pose en réalité est la suivante : est-il possible de critiquer Israël aujourd’hui sans être antisémite ? Est-il possible au contraire de défendre le droit à la sécurité de l’État juif, sans être en désaccord avec les dirigeants de l’autorité palestinienne ? Et plus largement, est-il possible de prendre pacifiquement parti dans un conflit, sans être taxé d’importer la rage et la haine en Occident, comme nous l’ont reproché de nombreux commentateurs ?

La société française ne doit pas se déchirer

Les partisans de la paix doivent s’unir aujourd’hui.

Toutes les initiatives de la société civile en faveur de l’amitié entre Juifs et Musulmans, qui s’expriment partout sur la planète, doivent être encouragées.

La coexistence pacifique des différentes religions est l’un des défis les plus cruciaux dans ce monde globalisé. Ne laissons pas le rejet des Juifs prendre les mêmes proportions chez les Musulmans que dans les pays majoritairement chrétiens au XXème siècle ! Ne laissons pas certains prédicateurs salir la solution à deux États distincts et séparés au Proche-Orient, qui doit s’imposer !

Ne laissons pas impunis tous les actes qui portent atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de nos concitoyens, quelle que soit leur race, leur religion, leur sexe ou leurs opinions. Sachons retrouver confiance dans nos institutions et dans nos grands principes régulateurs du vivre-ensemble, que sont la liberté, l’égalité, la fraternité, mais également la laïcité...

La société française ne doit pas se déchirer sur l’autel des tensions et des affrontements intercommunautaires. Quelle que soient les suites du conflit, il faut laisser à la diplomatie toutes ses chances de résolution, sans raviver les braises, et sans essayer de prendre à témoin l’opinion à chaque fois qu’une mesure est décidée par nos gouvernants. La confiance est à portée de main, sachons la saisir.

Cet article a été publiée initialement sur le site du + (nouvel Observateur) à l’adresse suivante : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1227067-manif-pro-palestine-oui-on-peut-soutenir-gaza-et-critiquer-israel-sans-etre-antisemite.html.