21 mars 2013

Monseigneur,
Vous avez récemment adressé aux catholiques de votre diocèse une lettre les enjoignant de participer à la manifestation du 24 mars contre le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Certains d’entre eux nous l’ont transmise et, défenseurs de ce projet de loi, nous souhaitons vous répondre.
Nous pensons que la parole des représentants religieux sur les sujets de société est légitime et d’ailleurs depuis plusieurs mois le débat qui nous occupe a largement fait place aux positions et initiatives de l’Eglise. Elle a été aux premiers rangs pour animer et alimenter un débat dont chaque français s’est emparé. Crier aujourd’hui à la diabolisation des chrétiens et au « déni de démocratie » n’a pour seule conséquence, comme toute litanie victimaire, que d’enfermer les chrétiens dans une institution qui se replierait sur elle-même.
Votre lettre est certes un appel plus qu’un argumentaire. Les raisons que vous avancez – « déconstruction de la société », « destruction de la personne humaine », « projet totalitaire », « culture de mort » -paraissent néanmoins quelque peu décalées et outrancières alors que nous parlons du couple et de la famille.
Les discriminations dont les homosexuels font l’objet doivent être combattues. Nous pensons que la reconnaissance par la loi de l’égalité entre les couples et entre les familles est le seul moyen de lutter contre ces discriminations.
Des enfants sont aujourd’hui élevés par des couples homosexuels qui ont construit une famille. Rien ne peut justifier qu’ils ne puissent bénéficier des mêmes droits que tout autre enfant. On avance souvent le souci de protéger ces enfants pour justifier une opposition au texte. C’est justement pour ce qui nous concerne, la première de nos préoccupations car nier la réalité de ces familles revient à les exclure de la société.
Votre courrier est pétri de certitudes. A aucun moment le doute ne vous anime. Vous exigez de vos « ennemis » une écoute et une compréhension que vous-même, vous leur refusez. Sans doute certains de vos fidèles vous suivront pour commencer la semaine sainte par un « combat » qui refuse l’Egalité à une partie de la population. Nous espérons pour notre part, qu’ils seront le moins nombreux possible.

Erwann BINET
Député de l’Isère
Colette CAPDEVIELLE
Députée des Pyrénées-Atlantiques