Il y a quelques semaines, Marine Le Pen lançait un nouveau pavé dans la mare, annonçant qu’elle préférait à l’appellation de Front national celle de « parti national-populiste », tout en assurant cette formule « moins pire » que la première… Étonnamment, l’information, pourtant relayée, n’a pas semblé émouvoir, ni susciter de réactions. Au détour de cette dénomination, c’est bien le visage réel du FN qu’il nous est donné de (re)découvrir : l’expression est lourde de sens.

Ainsi, le Front national est un parti « national ». Il ne faut pas l’entendre ici dans son sens premier, que chacun d’entre nous est libre d’utiliser, mais en ce qu’il présuppose un pays qui ne peut grandir qu’au détriment des autres. Le Front national est ambivalent, pour ne pas dire contradictoire. Bien que se revendiquant « parti national », il siège pourtant au Parlement européen, feignant de méconnaître quelles ont été les vertus de la construction européenne pour les peuples d’Europe.

L’expression de « national-populisme » est d’ailleurs empruntée – non sans fierté – à Geert Wilders, et à son Parti de la liberté, dont les prises de positions, comparant le Coran à Mein Kampf, laisseront chacun juge.

Le parti serait également « populiste ». Le terme est particulièrement ambigu, puisqu’il renvoie à des périodes sombres dans l’histoire de notre pays : le boulangisme au XIXe siècle ; mais aussi le poujadisme, mouvement qui avait permis à un certain Jean-Marie Le Pen d’entrer au Palais-Bourbon en 1958, peuvent être cités comme exemples probants.

Aussi anecdotique que puisse paraître cette appellation revendiquée par le parti de Marine Le Pen, ces manipulations sémantiques ne sont pas nouvelles, et montrent bien que derrière les termes employés par les dirigeants du parti « bleu Marine » se cache une réalité plus sombre.

En 2014, Steeve Briois se lancera à la conquête de la mairie d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), succédant à la tentative infructueuse de sa présidente de se faire élire aux dernières législatives dans ce qu’elle a appelé son « laboratoire » depuis 2007. Ce qui se dégage du choix délibéré de ce terme, c’est le mépris envers la population de cette ville du bassin minier, dont le désespoir économique et social favorise la tentation de l’extrême-droite ; et qui se voit réduite au simple rang de cobaye électoral, de test grandeur nature pour le parti de Marine Le Pen.

Ce qui reste aujourd’hui comme « l’incident héninois » de 2012 ne doit en aucun cas se reproduire, et les citoyens l’avaient déjà exprimé au second tour des élections législatives, comprenant qu’un parti antirépublicain ne pouvait avoir vocation à représenter une population dont il fustige et caricature régulièrement certaines de ses composantes.

N’en déplaise au Front national, les mots ont la vie dure. Sans débattre du meilleur choix ou – ou plutôt du « moins pire » – entre différentes dénominations, le parti de Marine le Pen en fait encore les frais. Ces frasques, pour les qualifier ainsi, et dont les dernières ne sont pas si anciennes, laissent des séquelles dans les consciences de bon nombre de personnes, et ce au-delà de nos frontières.

Le récent refus de faire partie d’un groupe eurosceptique formé autour du duo Le Pen - Wilders de la part de Nigel Farage, leader du parti britannique UKIP, démontre bien que le FN, malgré sa politique de « dédiabolisation », est toujours le parti qu’il s’est évertué à vouloir être pendant des décennies : celui d’un discours sectaire et d’un programme dangereux.

Oui, le FN a gagné une nouvelle aura, mais en a-t-il pour autant oublié ses vieux démons ? Marine Le Pen veut une France rassemblée derrière elle, sans même comprendre qu’en ayant recours à des expressions si graves, elle divise et elle effraie une partie de la population. A peine le vieux FN est-il mis à la remise par le Rassemblement Bleu Marine, que déjà le parti « national-populiste » est considéré comme une appellation acceptable, preuve s’il en est qu’il est difficile de vouloir se construire une nouvelle image, sans renier une part historique de son électorat, pour qui tout discours tempéré est une faiblesse.

Le grand écart permanent auquel se prête le parti de Marine Le Pen est pétri de contradictions : à vouloir acquérir une légitimité, tout en refusant de se responsabiliser ; à invoquer des relents de populismes, tout en cooptant ces élites tant dénoncées ; à prôner le patriotisme, tout en exacerbant le réflexe identitaire, c’est sur lui-même qu’il jette l’opprobre... Le parti d’extrême droite montre, une fois de plus, par son choix des mots, que vouloir rassembler en divisant est assurément la stratégie de l’échec.

Mehdi Thomas Allal, délégué général de la Gauche forte
Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte
Colette Capdevielle, députée PS des Pyrénées-Atlantiques et trésorière de la Gauche forte
Marie-Anne Chapdelaine, députée PS d’Ille-et-Vilaine et membre de la Gauche forte
Yann Galut, député PS du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte

Article publié par le Club de Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/edition/la-gauche-forte/article/111213/le-fn-peine-imposer-sa-strategie-de-dediabolisation