Par : Rayan (Etudiant et militant PS dans Paris 20e)
@Rayan_Nzr

Depuis le 6 mai, engluée dans une guerre de tranchées pour la conquête de la présidence de l’UMP et toujours sonnée par une défaite dont elle refusait d’envisager même l’éventualité, la droite se complaisait jusque lors à s’opposer à la politique du gouvernement sans rien proposer de substantiel en retour. Sans doute le propos mérite-t-il d’ailleurs quelque nuance.

Certes, une poignée de députés du groupe UMP ont eu le courage, et il faut le saluer, de dépasser les frontières partisanes et de voter le mariage pour tous ou, à tout le moins, de s’abstenir lors du vote. Sans doute ont-ils été nombreux à voter les emplois d’avenir et le crédit d’impôt. Mais tout cela pèse peu face aux discours tenus en particulier par son nouveau président Jean-François Copé, aux yeux duquel rien, dans la politique de redressement que mène ce gouvernement, ne semblait trouver grâce.

Si bien qu’un esprit curieux pouvait légitimement se demander, au moment du dépôt de la motion de censure par le groupe UMP, quelle politique l’opposition entendrait mener si, par extraordinaire, ladite motion devait aboutir à une dissolution de l’Assemblée. Quel programme, donc, l’UMP aurait-il alors à proposer au pays ?

Or, nous avons désormais une réponse assez précise à cette question, à tout le moins en matière économique. L’UMP a en effet organisé aujourd’hui une convention sur la fiscalité, sous la direction du député de la Drôme Hervé Mariton, et dont sont sorties un certain nombre de propositions. Examinons-les.

Il est d’abord proposé de réaliser des économies considérables sur la dépense publique, à hauteur de 130 milliards d’euros sur cinq ans. Ces économies seraient réalisées « par une relance de la révision générale des politiques publiques (R.G.P.P.) », par le non remplacement de deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite, ou encore par le passage à 39 heures du temps de travail hebdomadaire des fonctionnaires à salaire inchangé. Or, cette proposition semble pour le moins hasardeuse dans son chiffrage. La RGPP menée entre 2007 et 2012 par le gouvernement de François Fillon n’a en effet réalisé, sur cinq ans, qu’une économie de 12 milliards d’euros, alors même qu’elle avait alors été vantée comme la réforme d’ampleur qui devait moderniser l’administration française. Résultat fort modeste donc, et qui jette le doute sur la capacité de l’UMP à réaliser sur une même période un objectif d’économie dix fois plus ambitieux.

A cette première proposition s’en ajoute une seconde relative à la fiscalité du travail puisqu’il est proposé de financer la suppression des cotisations de la branche famille de la sécurité sociale par une hausse de trois points du taux supérieur de la TVA. Or, cette proposition, si elle était mise en œuvre, aurait un effet très négatif sur la consommation des ménages, qui est pourtant l’un de nos atouts. Partant, elle enfoncerait la France dans une profonde récession et creuserait encore davantage des inégalités qui ont déjà explosé durant la crise.

Deux séries de propositions, donc. Deux erreurs majeures de politiques économique.

N’y a-t-il pourtant rien qui, dans les propositions de l’UMP, puisse trouver grâce à nos yeux ? Sans doute, l’idée de raboter encore davantage certaines niches fiscales peu utiles à l’économie peut-elle être admise dans son principe. Peut-être faudrait-il en effet regarder s’il ne serait pas bienvenu de favoriser davantage l’épargne productive aux dépens de placements tels que l’assurance-vie, qui participent sans doute moins efficacement au financement de l’économie. Mais tout cela reste bien insuffisant.

Tout se passe donc comme si l’UMP, après dix années d’exercice du pouvoir, n’avait plus à proposer aux Français, si ce ne sont de vieilles recettes néolibérales héritées de l’ère Reagan et que même les Républicains américains sont en train d’abandonner. Rien donc, dans le programme de l’UMP, pour lutter contre l’exil fiscal, rien sur la réforme des crédits de la formation professionnelle, qui bénéficie trop peu aux demandeurs d’emploi qui en ont pourtant le plus besoin, rien, enfin, sur l’introduction d’une dose supplémentaire de fiscalité écologique qui permettrait pourtant de hâter la transition de notre modèle de développement.

Après dix mois dans l’opposition, l’UMP n’a donc toujours pas changé. Elle a peut-être même régressé. Sans doute, n’a-t-elle toujours pas compris les raisons de ses défaites électorales successives. Elle n’entend pas la profonde demande de justice sociale qui s’exprime dans le pays. Pas davantage cette droite n’a-t-elle compris le rejet de son discours qui tend, y compris en période de crise économique, à regarder l’Etat et ses agents d’un œil toujours suspicieux, alors même que la France s’honore de compter parmi les rangs de son administration des fonctionnaires dévoués au service de leurs concitoyens. Certes, des gains de productivité peuvent être réalisés dans le service public. Certes, des dépenses peu utiles peuvent-elles être économisées pour réduire un endettement public qui pèsera sur les générations qui arrivent. C’est, du reste, tout le sens de la modernisation de l’action publique lancée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Mais, en tout état de cause, l’UMP n’a toujours rien de crédible à proposer en matière économique. Or, pour le principal parti d’opposition, c’est un vrai problème.