Alors que la Chambre des Communes du Parlement britannique a voté le 5 février dernier, en première lecture, le projet de loi du Premier ministre David Cameron proposant d’ouvrir le mariage pour les personnes de même sexe, après seulement 6 heures de débat et avec une large majorité comprenant une grande partie des conservateurs, ce même débat dure dans notre Assemblée depuis plus de 80 heures et durera encore des dizaines d’heures.

La raison en est simple, les députés de l’opposition se livrent à une obstruction en bonne et due forme. Ils ont déposé plus de 5 000 amendements, dont des centaines d’amendements strictement identiques, ce qui représente près de 500 amendements par alinéa du texte de loi… Ils utilisent tous les ressorts du droit parlementaire pour ralentir les débats, voire provoquer des incidents de séance pour suspendre ces derniers.

A la défense de l’opposition, notre culture politique conflictuelle et le peu de droits accordés à l’opposition parlementaire transforment souvent ce genre de débat en véritable joute oratoire et juridique, pouvant aller jusqu’à « la guérilla parlementaire », pour reprendre la très bonne formule du président de la Commission des lois Jean-Jacques Urvoas. Cependant cela n’excuse pas tout. L’attitude de l’opposition depuis une semaine est ridicule, quand elle n’est pas proprement scandaleuse !

Notons d’abord que tous les poids lourds de l’opposition, tous les anciens ministres, ne participent pas au débat, de peur sans doute de faire des déclarations malheureuses que nous ne manquerions pas de leur rappeler. Or des propos malheureux et scandaleux de l’opposition, il y en a déjà eu bon nombre ! Je ne citerai pas de noms, mais en tant qu’homme de gauche, notre sang ne fait qu’un tour quand on entend certains parlementaires lier homoparentalité et terrorisme, quand on entend des références au triangle noir (l’insigne des malades mentaux sous l’Allemagne nazie), quand on entend comparer les députés socialistes absents à des collabos sous l’occupation ou, enfin, quand on observe les députés de l’opposition faire preuve d’une misogynie abjecte en hurlant après la vice-présidente socialiste, Laurence Dumont, ou invectiver une journaliste du Monde à grands coups de vociférations. Autant de propos, autant d’actes parfaitement indignes de la fonction parlementaire, qui font honte à notre Assemblée, honte à la droite et honte à la France !

L’opposition a d’abord fait entendre sa voix durant le débat, avant de réclamer à corps et à cris un référendum qu’ils savent bien inconstitutionnel, depuis ils débattent à côté du sujet, ne nous parlant que de Procréation médicalement assistée (PMA) et Gestation pour autrui (GPA), deux mesures qui ne figurent absolument pas dans le projet de loi. En vérité, ils n’ont aucun argument de fond à nous opposer et marchent sur une ligne crête délicate, entre opposition à une mesure d’égalité et homophobie plus ou moins bien déguisée.

Or le texte que nous défendons n’est rien de moins que la fin d’une discrimination honteuse, rien de moins qu’une mesure en faveur de l’égalité des droits, qui s’inscrit dans le sens de l’histoire de notre pays, telle qu’elle s’écrit depuis la révolution française. La Garde des Sceaux, Christiane Taubira, l’a superbement rappelé lors de son magnifique discours inaugural, et je tiens ici à saluer son talent, sa patience et son abnégation.

J’ai encore un peu d’espoir que certains de nos collègues de l’opposition rejoignent notre collègue Franck Riester dont je tiens ici à saluer le courage, suivent l’exemple de nos homologues britanniques, qui nous ont montré la voie et votent avec nous ce projet de loi historique, qui constitue une nouvelle étape décisive du combat pour l’égalité que mène notre pays depuis deux siècles et demi.

Jean Pierre Maggi, député des Bouches du Rhône