Alors que la droite américaine, sous la pression des populistes du Tea Party, se montre prête à sacrifier des pans entiers de l’administration fédérale pour faire obstacle à la réforme de l’assurance-maladie, la droite française nous a récemment rappelé combien elle était, elle aussi, attachée à une certaine forme de lutte des classes. Le « contre-budget » présenté par les députés UMP de la commission des finances de l’Assemblée nationale illustre en effet son attachement à la philosophie conservatrice, déjà appliquée par M. Reagan et Mme Thatcher, selon laquelle il faut épargner les plus favorisés mais faire contribuer davantage les classes moyennes et populaires.

Les députés UMP proposent ainsi de renouer avec la destruction automatique d’un poste sur deux dans la fonction publique au moment du départ en retraite. S’il est légitime de vouloir maitriser la masse salariale publique, les coupes proposées frappent par leur caractère aveugle qui interdit toute hiérarchisation des priorités, par contraste avec l’effort consenti par le gouvernement au profit du secteur éducatif. À ceci s’ajoute la proposition de geler les pensions dans la fonction publique, qui fragiliserait le pouvoir d’achat des plus modestes parmi ceux qui ont dévoué leur vie au service de l’État et qui n’ont d’autre source de revenus que leur pension de retraite.

C’est donc bien là la marque d’un projet de budget anti-social qui entend progressivement saper ce qu’il reste de solidarité dans notre pays. Aussi les députés UMP projettent-ils également de diminuer les fonds alloués à la prime pour l’emploi dans un incroyable reniement de la philosophie même du RSA et du slogan « travailler plus pour gagner plus ». Une hausse du plafond du quotient familial est par contraste budgétée, de sorte que ce budget UMP opérerait un transfert net de richesses depuis les familles les plus pauvres, non assujettis à l’impôt sur le revenu, vers les familles les plus aisées.

De même, ces députés demandent de restreindre les prestations handicap aux seuls nationaux, au risque d’une incompatibilité flagrante avec le droit européen et en contradiction avec la vocation universelle de l’APA, que François Hollande a d’ailleurs revalorisée. Les aides au logement baisseraient également pour les étudiants dans un pays qui a pourtant accumulé déjà tant de retard dans le secteur de l’éducation supérieure et la recherche. Cette proposition, qui contribuerait à précariser les étudiants les plus modestes, voire à leur faire renoncer à leurs études, apparait dès lors en complet contresens avec le besoin de fournir à notre jeunesse les meilleures qualifications dans un contexte de compétition économique mondiale. Enfin, l’arrêt du financement direct des associations par l’Etat signifierait la mise en péril d’un des derniers facteurs de lien social dans bien des quartiers que l’Etat a depuis longtemps abandonnés.

Mais l’élément de jugement le plus cruel provient probablement de ce que l’ensemble de ces coupes dans les prestations sociales ne représenterait que 3.5 milliards d’euros d’économies. Outre qu’elles sont bien trop modestes pour réduire un déficit de 85 milliards que la droite a elle-même légué au pays, ces baisses nettes du pouvoir d’achat populaire affaibliraient fortement la consommation des ménages dans un contexte de timide reprise. Enfin, ces propositions signent une idéologie conservatrice qui n’a toujours pas compris l’origine financière de la crise actuelle et qui entend invariablement à redistribuer les richesses depuis les plus modestes vers les plus aisés, censés constituer le moteur d’une croissance érigée en totem.

En réalité, ce « contre-budget », chacun l’aura compris, n’est ni juste ni sérieux. Il est l’œuvre d’un parti sans leader depuis la défaite de M. Sarkozy, à la dérive sur le plan idéologique et qui vit dans la crainte d’être marginalisé à droite par le Front national. Ses méthodes sont connues : promettre des baisses d’impôt pour les plus riches, couper dans les dépenses sociales et espérer le retour des fortunes exilées. Mais cette martingale a déjà échoué hier et a abouti à la défaite des droites américaine comme française.

Par conséquent, on voit mal comment cette UMP totalement à la dérive pourrait, demain, redresser le pays quand elle peine déjà à se financer elle-même. Peut-être pourrait-elle admettre enfin l’inopérance du paradigme néo-conservateur ? Sans doute pourrait-elle à tout le moins commencer par concéder une erreur de jugement à avoir maintenu des dispositifs injustes comme le bouclier fiscal alors même qu’elle appelait l’ensemble des Français à l’effort. Mais non. Le modèle de la droite français n’est plus De Gaulle mais bel et bien un populisme anti-État et anti-étrangers qui ressemble curieusement au Tea Party américain.